Croisé sur le blog de David, une réflexion sur ce que les comportements des adolescents d’aujourd’hui nous apprend sur leurs comportements de futurs adultes, à partir d’une phrase de la DG de Facebook, Sheryl Sandberg.
Si vous voulez savoir ce que des gens comme nous feront demain, il faut observer ce que font aujourd’hui les adolescents. Et les dernières études montrent que seulement 11% des adolescents utilisent les mails de manière quotidienne. La période «je ne peux pas imaginer ma vie sans les e-mails» est probablement révolue.
— Sheryl Sandberg, cité dans « Bye bye le mail ? », Slate
David dit : « Enfin bon, je me dis aussi que demander à quelqu’un de chez Facebook son avis sur l’email, c’est un peu demander à Microsoft ce qu’il pense de l’iPad ou de Apple et s’il lui voit un avenir ». C’est peut-être là qu’il faut s’arrêter. Dire que les adolescents n’utilisent pas l’e-mail, c’est d’une stupidité sans nom.
Il est possible qu’une majorité d’adolescents n’utilisent pas l’email, du moins techniquement pas, si l’on considère que l’email requiert SMTP et une jolie adresse avec « @ » dedans.
Si l’on s’arrête à ce qu’est un email, « un service de transmission de messages envoyés électroniquement via un réseau informatique (principalement l’Internet) dans la boîte aux lettres électronique d’un destinataire choisi par l’émetteur » me dit Wikipedia, alors ils passent leur journée à s’envoyer des emails, y compris et peut-être surtout par le biais de leur messagerie Facebook, ou Twitter. Et même d’une vraie boîte mail, comme leur boîte Hotmail, à en juger par le nombre de chaînes débiles que je reçois encore.
Tout ça pour dire que peu importe la technologie, seul compte l’usage — ou plutôt la facilité d’utilisation.
Je clavardais sur IRC, j’ai clavardé sur MSN, puis AIM, maintenant sur Skype. J’ai abandonné la liberté technique et une absence de contrôle a priori pour une plus grande facilité d’utilisation, l’audio et la vidéo.
Nos jeunes utilisent l’email, mais ils utilisent la forme la plus simplifiée d’email, celle où leur destinataire n’est pas une adresse mais un nom, où le carnet d’adresses s’appelle la liste d’amis, où l’agenda s’appelle les événements.
Les plus techniques de ces jeunes utilisent certainement IRC pour y trouver les scans de leurs mangas favoris, n’ont pas de compte Facebook et utilisent les labels de Gmail comme j’utilise les macros MarsEdit. Ceux-là sont instoppables, et c’est tant mieux, ils représentent la continuation d’un certain esprit de rébellion qui a présidé à la conception de l’Internet tel qu’il existe actuellement — certains parlent de culture hacker, je préfère parler d’une culture de l’ouverture et de l’échange.
Les autres, la majorité, peut-être 89 %, sont dans une logique de consommation, d’échanges plus passifs, et iront toujours vers la solution la plus simple d’utilisation, et la plus répandue (appelez ça l’effet mouton). Si une plateforme proposée à un prix raisonnable est la plus facile d’utilisation, alors ils iront dessus.
Rien ne sert de vouloir limiter le piratage techniquement, les barrières seront toujours brisées. Il faut le combattre commercialement. La plus grande réussite de l’iTunes Store, c’est qu’il est plus facile à utiliser que Limewire, pour des résultats meilleurs quoique payants. Laissez grandir nos adolescents, juste assez pour qu’ils deviennent encore un peu plus paresseux qu’ils ne le sont, et le piratage sera de l’histoire ancienne.